Arthur Fouray, Spectre, 2015 © Annik Wetter
Arthur Fouray, Spectre, 2015 © Annik Wetter
Arthur Fouray, Spectre, 2015 © Annik Wetter
Arthur Fouray, Spectre, 2015 © Annik Wetter
Arthur Fouray, Spectre, 2015 © Annik Wetter
Arthur Fouray, Spectre, 2015 © Annik Wetter
Arthur Fouray, Spectre, 2015 © Annik Wetter
Arthur Fouray, Spectre, 2015 © Annik Wetter
Arthur Fouray, Spectre, 2015 © Annik Wetter
Arthur Fouray, Spectre, 2015 © Annik Wetter

ARTHUR FOURAY

SPECTRE

Vernissage le jeudi 12 novembre 2015
Exposition du 13 novembre au 21 décembre 2015

Arthur Fouray est une histoire en construction. Elle commence par un « Once upon a time » et se développe au travers des figures de styles récurrentes qui articulent le contenu de ses propos. De la fresque historique à la peinture moderne, Arthur Fouray interroge l’histoire et les histoires en prenant des détours Pop ou populaires tels l’écran de cinéma ou Walt Disney. Spectre est une première exposition personnelle. Elle constitue une réelle proposition d’ouverture. Une sorte de teaser de ce qui nous attend avec la suite des aventures de ce jeune artiste. Elle pose les bases d’une cosmogonie dont les enjeux dynamiques se matérialisent en objets types. Ces derniers évoluent, se déclinent en séries, et tissent des liens les uns avec les autres pour former un propos solidaire dont les profils se façonnent sous le prisme de différents spectres.

Des couleurs finement choisies, des aplats parfaits, des surfaces peintes clairement définies, Arthur Fouray pratique le monochrome avec soin et précision. Si le monochrome est une forme picturale historique au XXIème siècle avec ses figures suprématistes, spirituelles et géométriques – si le monochrome est un degré zéro de la peinture, un geste simple, radical ou essentiel, il revêt chez Arthur Fouray au-delà de la dimension référentielle, une dimension autographique et signalétique.

La série de peintures #aaafff fonctionne selon une formule clairement définie. Ces monochromes d’une nuance à mi-chemin entre le bleu ciel et le mauve cachent au sein de leurs châssis un objet, le plus souvent tiré de l’environnement domestique. La couleur annonce le secret de la pièce, une œuvre à imbrications qui permet l’association d’une toile monochrome à un objet. Ici l’artiste réconcilie abstraction et ready-made, deux piliers de l’histoire de l’avant garde à priori antagoniques. Par le jeu de la série, les #aaafff se proposent comme l’estampille de cette démarche. Un code qui informe d’un geste spécifique, hybride de peinture et sculpture.

Dans le cas #000fff polyvision, Spectre propose une variante à la règle. #000fff polyvision est une peinture murale à la saturation maximale de la couleur #aaafff. L’œuvre ne cache plus un objet mais en suggère la projection. Les dimensions de la pièce reprennent les ratios de l’écran triptyque polyvision d’Abel Gance pour son film Napoléon (1927). Il s’agit d’une forme cinématographique utopique et gigantesque, une triple projection colorée sur trois écrans assemblés. Gance empruntait délibérément le terme triptyque à la peinture pour signifier le déplacement de médium effectué par la fresque historique vers le cinéma. #000fff polyvision déplace à nouveau le genre de l’écran à la peinture.

Combinaison de l’architectural et de l’expérimental, Morel #aaafff polyvision découle d’une série parallèle à celle des #aaafff. Dans le cas de Morel #aaafff polyvision, une peinture est contenue roulée dans un caisson. Il s’agit d’une toile monochrome de 16 mètres de long que l’artiste a décidé de figer en l’état dans la sculpture : « une fossilisation de l’objet au sein d’un médium » . Au-delà de son rôle de contenant, le caisson est en soit un objet complexe comprenant sa propre narration. La structure est constituée 12 boites ready-made à l’origine destinés à l’usage de la peinture. Si elle évoque les boiseries des galeries princières du XVII ème siècle, sa disposition murale fait écho aux « specific objects » de Donald Judd, notamment la série des Untitled (Ballantine 89-49), caissons de bois modulaires placés horizontalement au mur.

Dans le cas de ces deux œuvres, du « Grand Siècle » à l’art minimal, de la peinture historique à l’écran, les écarts anachroniques et conceptuels qu’elles performent sont marqués du spectre de Marcel Broodthaers. Broodthaers est une figure récurrente du lexique référentiel d’Arthur Fouray, car il illustre parfaitement une recherche d’équilibre et de sens dans les réunions contraintes du couple Art officiel – Art critique.

Andy et Kasimir sont les protagonistes de la série des «toiles-objets». La série débute en 2013 lorsqu’Arthur Fouray décide de tendre une toile sur le sommier de son lit. À l’instar des #aaafff, les toiles objets sont toutes monochromes. Ici, le geste fédérateur est l’emploi d’éléments de literie comme châssis. Par le prisme de la domesticité et de l’intime, de l’oreiller à la couette, les toiles-objets engagent le monochrome dans un rapport au corps évident. Leurs titres éclairent de leurs indices la teneur référentielle de l’objet, associant ceux-ci à une couleur ou à un chiffre. Dans un geste presque plus Pop que Minimal cette série met en exergue une porosité des genres. Si Kasimir tire l’élastique Malevitch, l’objet qu’il présente absout le monochrome de son mythe suprématiste, d’une peinture abstraite pure et autosuffisante. De même qu’Andy renvoie clairement aux Silver Clouds de Warhol, l’aspect aérien et léger des ballons d’hélium Pop se couche sous la toile et la peinture. En injectant une structure domestique à ses toiles, Arthur Fouray retourne le degré zero de la peinture.