Camille Besson & Vianney Fivel, Les visiteurs, 2015 © Annik Wetter
Camille Besson & Vianney Fivel, Les visiteurs, 2015 © Annik Wetter
Camille Besson & Vianney Fivel, Les visiteurs, 2015 © Annik Wetter
Camille Besson & Vianney Fivel, Les visiteurs, 2015 © Annik Wetter
Camille Besson & Vianney Fivel, Les visiteurs, 2015 © Annik Wetter
Camille Besson & Vianney Fivel, Les visiteurs, 2015 © Annik Wetter
Camille Besson & Vianney Fivel, Les visiteurs, 2015 © Annik Wetter
Camille Besson & Vianney Fivel, Les visiteurs, 2015 © Annik Wetter
Camille Besson & Vianney Fivel, Les visiteurs, 2015 © Annik Wetter
Camille Besson & Vianney Fivel, Les visiteurs, 2015 © Annik Wetter

CAMILLE BESSON / VIANNEY FIVEL

LES VISITEURS

Vernissage le jeudi 16 juillet 2015
Exposition du 18 juillet au 17 octobre 2015

LE FORMAT et LA VISITE

Que signifie, pour un artiste, ne plus réaliser des œuvres mais des expositions ? En pratique, cela implique un changement d’échelle que l’on peut aussi comprendre comme le passage d’un lieu à un autre. Laissons de côté cet usage fréquent du vocable « exposition » selon un jeu de langage où il ne désigne rien plus qu’une nouvelle forme de l’œuvre – collaborative, évolutive, plurielle, installative, narrative… –, pour nous intéresser au cas, plus rare il est vrai, de l’exposition comme milieu de la pratique artistique. Que fait-on, en pratique, lorsqu’on pense et qu’on agit depuis l’exposition et ses problèmes ? Que se passe-t-il dès lors que l’on accorde une réalité à ce changement d’échelle qui, de l’œuvre à l’exposition, signifie un changement de milieu ? On quitte la logique morphologique des formes pour rejoindre celle, informative, des formats.

Qu’est-ce qu’un format, dès lors qu’on ne réduit pas sa définition à des critères de dimensions ou de tailles (A3, A4, A5 ; 16/9e, 4/3), de supports matériels (l’argentique ou le numérique) et de durées (court ou long) ? Au plus simple, un format regroupe une quantité d’informations finie sur un support de données. À cette première proposition s’ajoute une qualité supplémentaire, importante dans le cadre l’exposition : agencement structuré d’un support de données, le format comprend aussi la disposition de ces données elles-mêmes.

Ainsi, le travail des formats d’exposition s’ouvre-t-il à un nouvel ensemble de pratiques : on doit, par exemple, considérer que le banc du brocanteur est, de plein droit, un format d’exposition, tout comme la vitrine d’une boutique ou les simulations d’intérieurs domestiques parsemant les allées d’un grand magasin. Mais encore, dans le domaine de l’art, passer de la forme à l’information, c’est construire avec des données qui mettent en exergue, dans les objets réalisés et jusque dans leurs qualités proprement formelles, leurs capacités à « faire signe » selon un mode de fonctionnement propre à l’indice ou à la trace.

On conçoit aisément la dimension spéculative d’une pratique consistant à exposer des possibilités d’expositions en expérimentant différents formats.

2. Il est entendu que les œuvres de l’art s’adressent à des regardeurs ou à des spectateurs… Mais visiter une exposition n’est pas regarder une œuvre. On préfèrera donc, pour les expositions, retenir le terme de visiteur, afin d’oublier un temps la centralité du regard.

Si de nombreuses actions portent le nom de visite, on peut cependant retenir des conditions générales s’appliquant à chacune d’elles : la visite est une situation construite qui implique un corps et un déplacement dans un lieu (même lorsque ce lieu, comme dans le cas limite de la visitation, devient le corps lui-même…). Si le visiteur fait une expérience physique des lieux, de leur matérialité et des signes qui les peuplent, avec l’exposition, cette expérience détermine un cadre à l’exercice de son regard selon une visée éminemment pragmatique. Les protocoles désormais en vigueur dans les espaces d’expositions ne disent pas autre chose, eux qui veulent que la première de ces visites soit effectuée par des pompiers afin de vérifier les conditions de sécurité sur place. Une pragmatique du regard est bien en jeu dans cet exercice évaluant le bon fonctionnement d’un lieu.

Si le visiteur d’exposition n’est pas mû par un objectif de vérification, il partagera avec le pompier cette situation où l’approche méthodique du lieu passe par l’examen des objets qui le construisent. La visite tient de l’inspection. Il faut aller y voir de plus près pour comprendre comment fonctionnent les choses et ce qu’elles produisent ensemble.

Selon l’exposition et ses fonctionnements, mais aussi selon le type d’examen proposé au visiteur, se décide un format.

Christophe Kihm Juin 2015